Olivier Dote Doevi

 

Comédien, Paris
Hôtel Edgar - Paris 2e arrondissement. 

Olivier peux-tu me dire d'où tu viens ?

 

" Il y a des gens qui passent toute leur vie à se demander d’où ils viennent. Mes parents, eux, viennent du Bénin et du Togo, mais moi j’ai grandi à Paris, en France, et plus exactement je pense vraiment que là d’où je viens c’est de la porte de Clignancourt. C’est l’endroit où j’ai vécu le plus longtemps et c’est un endroit qui m’a forgé. J’ai fait une bonne partie de ma scolarité là-bas. 

À l’époque c’était un quartier qui avait beaucoup de caractère et d’influence sur ses habitants. C’était un quartier hyper cosmopolite, mais mal vu, d’ailleurs on disait que c’était la banlieue dans Paris. Mon école primaire était dans ma rue, mon collège à seulement deux minutes. J’étais dans un microcosme avec plein de particularités et où il y avait plein de gens différents, d’âge et d’origine. Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’aime vraiment mon quartier et que je le trouve super. Je suis content d’avoir grandi là bas et même s’il y avait aussi un côté un peu dangereux, car il y avait de la violence. Tout ça conditionne forcément ta façon de penser et de vivre. 

Je viens aussi surtout de ma mère et de mes sœurs, puisque mon père n’était pas là. C’est ma mère qui nous a élevés toute seule. Après mon père, elle a eu un keum mais vite fait et j’étais trop petit pour en avoir des souvenirs, après ça je n’ai plus eu de détails sur sa vie amoureuse. Elle s’est vraiment concentrée sur nous. Elle avait des amis mais elle ne les voyait pas tant que ça non plus, on vivait vraiment dans une cellule très familiale. Au Bénin j’ai une grande famille, on est genre mille, mais à Porte de Clignancourt on est quatre ! (Rires.) Mon noyau familial proche c’est mes deux sœurs et ma mère, il y a aussi mon cousin Coco qui est plus âgé et que je voyais beaucoup à l’époque. Je le vois moins aujourd’hui, il a environ une cinquantaine d’années. J’ai eu une éducation catholique. J’allais à l’église, au catéchisme, à l’aumônerie, j’ai genre tous les diplômes ! (Rires.) J’ai la formation complète ! 

Ma mère est une fervente catholique et en tant que telle, elle ne s’est pas posé la question, elle nous a tous fait baptiser et nous a fait « rentrer dans le club ». Aujourd’hui, je crois en Dieu, je suis quelqu’un de foi. La vie spirituelle et la foi sont très importantes pour moi mais c’est pas quelque chose de raisonné, je ne peux rien prouver par A plus B... Je peux parler de la manière dont je vis ma foi, d’où ça vient mais je ne vais jamais chercher à convaincre qui que ce soit. Être catholique ça veut dire aussi plein de choses dans lesquelles je ne me retrouve pas forcément et donc je ne me considère pas forcément comme un bon catholique. Par exemple, je suis allé manifester pour les droits des homosexuels à se marier. Et pour moi il n’y a rien d’antinomique là-dedans. 

Venir d’une cellule familiale pratiquement exclusivement féminine, ça m’a apporté beaucoup de choses. Ma mère et mes sœurs sont vraiment des personnes très bien et j’ai eu beaucoup de chance. Ma mère, même si elle s’est ratée sur des trucs dans sa vie, comme tout le monde, c’est vraiment quelqu’un de formidable et c’est d’autant plus fou que je dis ça d’une manière très objective. Il faut revenir à mon époque. J’ai grandi dans les années 90 et le regard social sur une femme qui avait trois enfants et pas d’homme pour aider à les élever était difficile, c’était un truc dur. Ma mère gagnait peu d’argent, elle était couturière chez Jackam chez monsieur Jacques, pendant très longtemps. Plus exactement elle était mécanicienne à confection. Monsieur Jacques a fermé son atelier et après ma mère a recherché du taf. Finalement elle a fini par lancer son propre atelier. Mais ça n’a pas fonctionné car elle avait trop de charges administratives et financières, notamment avec l’URSSAF et un autre truc qui finissait par « AM ». Elle a dû fermer son atelier et s’est relancée à chercher du travail. Elle n’a trouvé que du taf pour s’occuper des personnes âgées alors qu’elle-même n’était plus dans sa prime jeunesse. 

Ma mère c’est vraiment quelqu’un de formidable, parce que le regard de mon quartier sur une femme seule c’était dur, de toutes façons le quartier par lui-même était dur. Il y a beaucoup de gens qui sont morts, beaucoup de gens avec qui j’avais grandi qui sont morts avant l’âge et pas de maladie. Ils sont morts de trafics, de règlements de comptes ou d’accidents, mais pas de mort naturelle. Ils sont morts d’une mort violente liée à une façon de vivre. Et à l’époque il y avait un grand nombre de personnes qui tombait plus ou moins dans cette façon de vivre. Donc c’était chaud de ne pas y tomber. Moi en plus, je suis un garçon turbulent à l’origine, mais je suis discipliné grâce à ma mère. Elle a réussi à nous faire avoir de l’ambition et à nous donner de vraies valeurs, alors qu’autour de nous on était dans un quartier compliqué. Rien que pour ça ma mère c’est vraiment quelqu’un de ouf... et avec le peu d’argent qu’elle gagnait. 

Donc voilà je viens de la porte de Clignancourt et mes origines ce sont ma famille, mes amis fidèles et deux trois expériences de vie qui t’amènent à faire des choix, et j’ai eu la chance de faire des choix intelligents, même sans le savoir.
C’est tout bête mais aller au collège à Porte de Clignancourt, ça m’a forgé le caractère. De ne pas défoncer tout le monde mais aussi de ne pas se faire marcher sur les pieds. 

J’ai voulu partir de Clignancourt, c’est logique. Je pense que dans la vie de n’importe qui, c’est important de regarder d’où tu viens et de vouloir voir autre chose. C’est important pour la construction de soi. Mais je suis très content de venir de là, je suis très fier de ça. "

Olivier peux-tu me parler d'une personne que tu connais ?

" J'ai connu AnnaGeorge à l'époque du lycée, c'était une amie d'amie d'une camarade de classe. Elle était douée dans à peu près tous les arts et avait un sens de la répartie extraordinaire ! Ça nous a rapprochés et nous sommes restés amis depuis. "

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 © 2019 Caroline Guerin. 

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